Wabi 2.0 transforme un fil de discussion en outil de coordination collective
— AGENTS
L'assistant d'Eugenia Kuyda quitte le tête-à-tête pour s'installer dans des conversations de groupe, où il fabrique calendriers, sondages ou itinéraires à la demande. La gratuité actuelle masque une collecte de données déjà pensée pour la publicité ciblée, malgré un manifeste qui promettait l'inverse.

Un fil de discussion partagé entre plusieurs personnes devient, avec Wabi 2.0, un espace où l'assistant propose lui-même l'outil qui manque : un calendrier pour une semaine familiale, un sondage pour trancher une sortie, une carte pour un voyage. La conversation ne sert plus seulement à décider, elle produit directement l'interface qui permet d'agir.
Ce glissement parle directement à qui gère des plannings partagés en studio ou en agence, entre clients, prestataires et équipe. Un chef de projet qui jongle aujourd'hui entre Slack pour échanger, Notion pour centraliser et Google Drive pour les fichiers retrouve, dans les intégrations annoncées par Wabi, les mêmes briques réunies dans un seul fil. La promesse touche moins la création elle-même que la paperasse qui l'entoure : relances, validations, prises de rendez-vous.
L'assistant va plus loin que la simple organisation : il peut chercher des options, prendre des rendez-vous, gérer des retours ou déclencher un achat une fois l'accès aux comptes concernés accordé. Sur le papier, cela réduit le nombre d'allers-retours pour boucler une logistique de tournage ou coordonner une livraison client entre plusieurs intervenants.
La contrepartie tient dans ce que révèlent les conditions d'utilisation. Wabi dit ne pas entraîner de modèles sur les comptes connectés, mais prévoit des traitements marketing et publicitaires distincts, avec options de désactivation à activer soi-même. Un manifeste qui revendique l'absence de mécanismes publicitaires, suivi de documents contractuels qui en gardent la possibilité, mérite d'être lu avant de connecter une boîte mail professionnelle ou un calendrier client.
Le projet s'appuie sur un financement de pré-amorçage de 20 millions de dollars mené par Andreessen Horowitz, un montant qui situe Wabi comme un pari précoce plutôt qu'un outil stabilisé. La gratuité annoncée aujourd'hui ne dit rien du modèle économique qui suivra, et les conditions d'utilisation prévoient déjà des abonnements ou des crédits à venir.
Pour une équipe créative habituée à ses outils de gestion de projet, l'intérêt réel se mesurera au moment où un planning partagé devra survivre à un changement de formule tarifaire, et à ce que deviendront les informations clients confiées entre-temps.