Une IA casse un candidat post-quantique, et déplace le goulot vers l'humain
— ÉTHIQUE
Le modèle Claude Mythos Preview d'Anthropic a amélioré en soixante heures la meilleure attaque connue contre HAWK, un candidat post-quantique du NIST, et accéléré une attaque sur AES affaibli, avant que deux chercheurs mettent près d'un mois à valider ce second résultat. Le vrai basculement n'est pas la faille elle-même, sans conséquence en production, mais le fait que vérifier devienne plus lent que découvrir.

Aucun système en production n'est touché par ces deux résultats, et Anthropic le dit elle-même sans détour. HAWK n'est déployé nulle part, l'AES affaibli exige un volume de requêtes hors de portée pratique. Ce qui se joue ici n'est donc pas une alerte de sécurité immédiate, mais un déplacement plus lent et plus profond : celui du temps que prend la recherche en cryptographie, discipline où la moindre faille se mesure d'ordinaire en années de relecture par des spécialistes.
Le terrain, ici, c'est la standardisation post-quantique elle-même, portée par le NIST, et la manière dont les gouvernements et industriels choisissent les schémas qui protégeront les communications une fois les ordinateurs quantiques opérationnels. HAWK perd une bonne part de son intérêt : il faudrait doubler la taille des clés pour retrouver le niveau de sécurité promis, ce qui alourdit le schéma au point de le rendre moins compétitif face aux autres candidats du même appel. Rien ici ne concerne la production visuelle, sonore ou narrative : le sujet est la robustesse mathématique d'un algorithme, pas un livrable créatif.
La réserve tient au refus initial du modèle lui-même. Sur AES, il a d'abord estimé qu'aucune amélioration n'était possible sur le chiffre par blocs le plus étudié qui soit, et il a fallu le relancer plusieurs fois avant qu'il ne réécrive son propre outil de test pour explorer des pistes réellement neuves. Un résultat brillant obtenu après plusieurs relances humaines n'est pas encore une automatisation de la découverte : c'est une assistance qui dépend fortement de l'insistance de qui la pilote, et qui a coûté environ cent mille dollars par attaque en appels d'API.
Le fait le plus révélateur se situe après la découverte, pas pendant. Le modèle a trouvé l'attaque sur AES en une semaine ; deux chercheurs non spécialistes ont mis près d'un mois à se convaincre qu'elle tenait. Anthropic anticipe que la validation humaine devienne, en cryptanalyse, le facteur qui freine tout, comme c'est déjà le cas pour le tri des vulnérabilités logicielles. Difficile de ne pas y voir un renversement d'équilibre : la machine invente plus vite que l'humain ne peut vérifier, et c'est cette asymétrie, plus que la faille elle-même, qui mérite l'attention des institutions chargées de trancher quels standards protégeront demain les données de tout un secteur.
Les deux failles ont été transmises aux auteurs, à la liste publique du NIST et à des partenaires gouvernementaux et industriels avant toute publication, signe que la filière prend le protocole de divulgation au sérieux. Reste une question simple pour quiconque dépend, même indirectement, de standards de sécurité choisis par ce type de processus : qui, dans la chaîne de décision, aura le temps de vérifier ce qu'une machine affirme avoir cassé.