Synthesia mise sur l'avatar qui répond, pas sur la vidéo qui informe
— AUDIOVISUEL
Synthesia lance Roleplay Sessions, un module où l'apprenant s'entraîne face à un avatar interactif capable d'objecter et de coacher. Je vois surtout un déplacement de métier : le concepteur de formation vidéo devient designer de scénarios conversationnels. L'outil est habile, les chiffres avancés restent à vérifier hors du communiqué.

Ce qui frappe d'abord, c'est que ce produit change un métier sans le dire explicitement : celui de la vidéo de formation. Synthesia a construit sa réputation sur l'avatar numérique qui récite un script à la caméra, un livrable que produisaient jusque-là des concepteurs pédagogiques ou des motion designers spécialisés en contenu corporate. Avec Roleplay Sessions, ce même avatar arrête de réciter pour dialoguer, objecter, encaisser une réponse maladroite de l'apprenant. Le brief change de nature : on ne demande plus un texte à mettre en voix, mais un scénario avec plusieurs branches et de vrais points de friction.
C'est là, à mon sens, que se joue la vraie bascule pour qui vit de la vidéo de formation. Écrire une scène de management difficile qui tient la route face à des réponses imprévisibles d'un apprenant, c'est un travail d'écriture dramatique, pas de script corporate lisse. Le concepteur qui saura construire ces mises en situation, calibrer une grille d'évaluation par poste, aura une carte à jouer. Celui qui reste sur le format vidéo descriptive classique perd un terrain qu'il occupait sans concurrence jusqu'ici.
Prudence sur les chiffres avancés (une hausse de compétence de 30 % ou un taux de retour de 70 %), parce que c'est Synthesia qui les communique sur ses propres pilotes. Ça ne discrédite pas l'approche, mais ça empêche de la présenter comme une preuve plutôt qu'un argument commercial.
L'outil vaudrait un test sur un scénario de brief client tendu plutôt que sur un cas RH classique, pour voir si l'avatar tient une objection créative et pas seulement une objection managériale scriptée. Si ça marche, la formation par simulation devient un nouveau format à vendre, pas un gadget RH.