NVIDIA met 12,93 milliards sur la table et s'installe au cœur des modèles ouverts
— Business
NVIDIA rachète Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars, soit près de 86 fois son revenu annuel estimé. Le fournisseur de puces prend le contrôle du principal lieu où les modèles ouverts sont hébergés, comparés et téléchargés.

Douze milliards neuf cent trente millions de dollars pour une plateforme qui gagne environ 150 millions par an. Le calcul donne un multiple proche de 86, un chiffre qui dit clairement que NVIDIA n'achète pas un revenu, mais une position.
Hugging Face héberge les bibliothèques comme Diffusers et Transformers, celles qui font tourner une bonne partie des modèles de génération d'image et de vidéo installés dans les studios. Un designer qui télécharge un modèle ouvert pour l'adapter à un style maison, un motion designer qui va chercher un modèle vidéo expérimental avant qu'il n'arrive dans un outil grand public, passent par ce guichet sans y penser. Ce guichet change de propriétaire.
NVIDIA promet que rien ne se fermera : les modèles concurrents resteront publiables, les frameworks resteront libres, aucun matériel ne deviendra obligatoire pour déployer un projet. Cette promesse repose sur une déclaration publique, pas sur une gouvernance indépendante ni sur une charte engageante. Les classements de modèles, l'ordre des résultats, les intégrations mises en avant, tout cela peut évoluer sans qu'aucun contrat ne l'interdise.
La neutralité d'une plateforme se mesure rarement dans son annonce de rachat. Elle se mesure dans le modèle qui apparaît en premier sur une recherche, dans la rapidité d'intégration d'un accélérateur maison face à un concurrent, dans les quotas gratuits qui se resserrent doucement. Rien de tout cela n'est encore écrit, et c'est précisément le problème pour qui construit ses outils de travail sur des ressources hébergées ailleurs que chez soi.
Le pari de NVIDIA consiste à transformer une infrastructure de calcul en position de distribution. Pour les studios qui piochent dans les modèles ouverts pour alimenter leurs pipelines, la vigilance ne portera pas sur ce qui disparaît demain, mais sur ce qui se met discrètement en avant dans les mois qui suivent la clôture de l'opération.