Midjourney rachète une appli d'horoscopes : le produit avant l'outil
— Business
Midjourney a racheté discrètement Co-Star, application d'astrologie sociale forte de 4,3 millions d'utilisateurs mensuels, et confie la direction du design de l'entreprise à sa fondatrice Banu Guler. Derrière l'astrologie, difficile de ne pas y voir un aveu : Midjourney construit enfin l'application grand public qui lui a toujours manqué, quitte à emprunter son sens du produit à un secteur qui n'a jamais rien créé pour un directeur artistique.

Un outil né sur un serveur Discord austère, sans bouton ni interface soignée, qui rachète une appli d'horoscopes pensée pour le grand public : le contraste dit déjà beaucoup. Midjourney n'a jamais eu de vitrine digne de ce nom, sa force ayant toujours résidé dans le moteur de génération, pas dans l'expérience. Recruter la fondatrice de Co-Star comme directrice du design, et avec elle une équipe habituée à faire vivre une application quotidienne pour des millions de gens, ressemble moins à une lubie qu'à un aveu de faiblesse structurelle comblé par un rachat.
Pour un directeur artistique ou un illustrateur qui travaille avec Midjourney tous les jours, l'information ne change rien à la qualité des images ce mois-ci. Mais elle dessine une trajectoire : selon Bloomberg, une application autonome dédiée à la génération d'images est en préparation, la même dont l'absence obligeait jusqu'ici à composer avec les limites d'un canal Discord jamais pensé pour un usage professionnel. Une interface propre, pensée par des gens qui savent retenir un utilisateur grand public jour après jour, pourrait enfin transformer l'outil en véritable espace de travail plutôt qu'en fil de discussion surchargé.
Reste que rien dans cette acquisition ne parle de génération d'image. Co-Star vit d'horoscopes et de lectures de compatibilité rédigées à mi-chemin entre IA et auteurs humains, pas de moodboards ni de direction artistique. Le risque, réel, est de confondre un savoir-faire produit lifestyle avec une expertise créative professionnelle : une application pensée pour capter l'attention quotidienne d'un public large ne construit pas forcément les bons outils pour un flux de production exigeant, calé sur des deadlines et des chartes graphiques.
Ce que ça vaut concrètement, c'est un pari sur l'ergonomie plutôt que sur le modèle. Après une division santé et un projet de spa équipé d'un scanner par ultrasons, ce rachat confirme que Midjourney cherche moins à muscler son algorithme qu'à devenir une marque grand public à plusieurs visages, l'image générative n'étant qu'une brique parmi d'autres. Pour un studio qui a bâti ses habitudes autour du serveur Discord, mieux vaut anticiper une interface repensée que de s'accrocher à des raccourcis qui pourraient disparaître avec elle.
La vraie question à se poser dès maintenant : le prochain contrat client vaut-il la peine d'être bâti sur un outil qui semble vouloir plaire à tout le monde, quitte à s'éloigner du geste professionnel qui a fait sa réputation.