Midcentury lève 15 millions de dollars pour donner des gestes aux robots
— Business
Une startup vient d'empiler deux millions d'heures de gestes humains filmés à la première personne pour nourrir l'entraînement des robots physiques, et couple cette base à un simulateur qui teste les mouvements avant le passage au matériel réel. L'opération vise la couche de données qui manquait à la robotique, là où le texte et l'image abondaient déjà pour les modèles de langage.

Entraîner un robot à saisir un objet demande une matière première que le web ne fournit pas gratuitement : des gestes humains filmés, mesurés, annotés seconde par seconde. Midcentury a construit cette matière à la main, avec des caméras portées à hauteur d'yeux dans plus de 50 environnements et sur 20 000 tâches différentes. Le volume annoncé, deux millions d'heures, représente l'équivalent de plus de deux siècles de vidéo tournée sans interruption.
Ce travail vise les équipes qui développent des humanoïdes et des bras robotiques industriels, pas les studios créatifs. Ces équipes achètent aujourd'hui des heures de mouvement annoté comme un studio de motion capture facture des heures de plateau, sauf que la donnée vient d'un usage quotidien filmé plutôt que d'un acteur en combinaison. La startup y ajoute Matrix, un simulateur qui fait répéter des milliers de fois une politique de mouvement avant de risquer un bras mécanique réel, en s'appuyant sur ses propres captations pour rapprocher le virtuel du terrain.
Cette couche de données et de simulation devient l'équivalent, pour la robotique physique, de ce que les bibliothèques de texte ont représenté pour les modèles de langage : un goulot d'étranglement stratégique que celui qui le contrôle facture ensuite à tout le secteur. Une levée Seed de 15 millions de dollars et des profils venus de laboratoires reconnus positionnent Midcentury comme fournisseur d'infrastructure plutôt que comme constructeur de robots, avec un accès déjà ouvert aux échantillons du dataset et à Matrix.
La startup revendique le plus grand dataset égocentrique de ce type au monde, sans qu'aucun classement indépendant ne permette de vérifier ce rang. Les laboratoires partenaires ne sont pas nommés, ce qui laisse la promesse commerciale porter seule la démonstration pour l'instant.
Pour les métiers de la création, rien ne change dans l'immédiat sur un plateau ou dans une chaîne de production visuelle. La bascule se joue ailleurs, sur le rythme auquel les objets physiques manipulés par des robots domestiques ou industriels deviendront viables commercialement, et sur qui aura fixé le prix de la donnée qui les aura rendus possibles.