ChatGPT Health infiltre tout le fil : la donnée santé, pas le conseil médical
— ÉTHIQUE
OpenAI diffuse les données de santé connectées (Apple Health, dossiers hospitaliers américains, One Medical, Function Health) dans n'importe quelle conversation ChatGPT, plus dans un onglet séparé. Le geste technique est soigné, mais il déplace surtout le problème : celui de la confiance accordée à un historique de conversation qui devient, de fait, un dossier médical parallèle.

Le glissement n'est pas anodin : une information de santé n'a plus besoin d'un espace dédié pour ressurgir. Elle peut surgir au milieu d'une recherche de recette, d'un plan de voyage, d'une question sur le sport. OpenAI a constaté que la majorité des échanges liés à la santé se produisaient hors de l'espace prévu pour ça, ce qui a justifié de faire sauter la cloison plutôt que de la renforcer.
Le terrain ici, c'est le dossier médical américain et les plateformes qui le nourrissent, pas un outil de création. Apple Health, les systèmes hospitaliers pris en charge, One Medical, Function Health : ce sont des tuyaux de données personnelles sensibles, raccordés à un compte utilisateur de plus de dix-huit ans, sur le web et sur iOS. Plus de trois cents millions de personnes interrogent déjà l'IA chaque semaine sur leur santé, contre deux cent trente millions quelques mois plus tôt. La bascule concerne un public patient, pas un studio ni une agence.
Reste que la promesse de cloisonnement mérite d'être regardée de près. Une demande d'autorisation avant chaque usage, désactivable au profit d'un accès permanent, un mot-clé qui force la prise en compte des données, un chiffrement supplémentaire, une suppression sous trente jours en cas de déconnexion : l'architecture est pensée, mais elle repose entièrement sur la promesse que ces données restent hors de l'entraînement des modèles et hors du ciblage publicitaire. Une promesse ne se vérifie pas depuis l'extérieur, elle se constate dans la durée.
Le vrai apport tient moins à l'intelligence médicale du système qu'à sa capacité de mémoire contextuelle : comparer une analyse récente aux précédentes, signaler ce qui a changé depuis une consultation, ajuster une recommandation à une blessure. C'est un apport réel pour qui gère un suivi chronique, mais l'entreprise elle-même prévient que les données raccordées peuvent être incomplètes ou périmées, un médicament pouvant rester listé après son arrêt. Le risque n'est pas que l'outil se trompe une fois, c'est que l'habitude de lui faire confiance s'installe plus vite que sa fiabilité ne progresse.
Ce déploiement en dit long sur la vitesse à laquelle des données de santé, parmi les plus sensibles qui soient, passent d'un usage encadré à une disponibilité permanente au fil d'une conversation ordinaire. Reste à savoir combien de temps il faudra avant qu'un incident ne rappelle que la mémoire d'un modèle et le dossier d'un patient ne devraient jamais se confondre tout à fait.